Les oeufs brouillés : le métissage, c’est bien mais….

Le mélange239-0 fait-il un enfant plus beau ? Oui, mais…

Que nous soyions jaunes, bleus, verts, ou blancs, nous avons au moins une fois dans notre existence imaginé avoir des enfants qui aient un physique métisse. Les goûts et les couleurs étant régis par le facteur X de l’attirance, l’amour ne pouvant se fonder sur la raison, l’on remarque très rapidement qu’en Europe et plus particulièrement en France, il se constitue un culte du métissage qui devient de plus en plus…discriminant ! Curieuse tournure pour un choix de bonheur qui semble prôner l’ouverture, la tolérance et l’échange réussi des cultures.

Or, sont très rapidement mis de côté, les couples non-mixtes, leurs enfants, les couples mixtes « non-visibles » (de même couleur de peau), leurs enfants, et enfin, comble du « culte métis », les couples mixtes issus des générations immigrées « visibles » et leurs enfants.

Pourquoi en sommes nous arrivés la ?

Plusieurs raisons sommaires, plusieurs interrogations qui, a défaut de réponses générales,  méritent d’être soulevées.

Si l’on prend l’exemple de la France, dès la Révolution Française, la tradition jacobine de tout centraliser sur Paris a pour but de limiter les revendications particularistes régionales (Bretons, basques, corses, etc). L’on est Français avant d’être sa région. L’on est Français avant d’être sa racine. L’on parle Français avant son patois, son dialecte, l’on est Français avant ses parents, son Dieu et ses origines. L’allergie française est donc la tentation du repli sur soi, ce qui explique l’interminable polémique depuis bientôt 15 ans entre une France « bien française » et une France « des communautés ». Polémique soigneusement, frénétiquement, savamment orchestrée par les médias et qui rythment notre quotidien. Il y aurait alors deux camps : ceux qui « en sont » et ceux « qui en sont pas ».

Dans son ouvrage « Le Destin des Immigrés » (Points Seuil), le sociologue Emmanuel Todd évoque avec précision sous quelles conditions est-on considéré comme « intégré », comme « ouvert », en somme, a quel moment de notre parcours personnel et professionnel est-on considéré comme Français. Statistiques et chiffres a l’appui, il en déduit que sont considérés comme « Français » a part entière les individus ayant choisi de se marier hors de son groupe d’origine (un asiatique avec une non-asiatique par exemple), mais plus précisément encore, avec un individu ayant l’origine du pays d’accueil (un asiatique avec une française descendante de français établis depuis plus de 2 siècles).

En somme, cette déduction révèle quelque chose qui va régir la pensée unique du culte métisse : se mélanger oui, mais pas avec n’importe qui !

En tant qu’asiatique, et selon la norme française d’intégration, je ferais mieux d’épouser un français issus de plusieurs générations de français dont la visibilité n’a pas immédiatement souffert de discrimination : exit donc un français d’origine maghrébine, africaine, antillaise ; A partir de cette « loi », mes enfants métis seront considérés comme « réussis » et seront choyés par l’imaginaire collectif « Yannick Noah ». Si en revanche, je choisis de concevoir des enfants avec quelqu’un d’origine visible (et discriminée), ils seront considérés comme anecdotiques, accidentels, ou pire, malchanceux. Honte suprême : si je fais des enfants avec un asiatique comme moi (même adopté), mes enfants seront vus, au mieux, comme les fruits d’un mariage communautariste (et pours les plus médisants, les fruits d’un « mariage arrangé » !).

Mais qui distribue cette considération ? Quel est ce jury qui définit le fun et le pas-fun ? Pourquoi la nana que je prends en autostop s’extasie sur la photo de mon aîné eurasien mais se tait lorsqu’elle voit celle de mon cadet 1OO% asiatique ?

Pourquoi cette intime conviction que le mélange définit le meilleur ? Et l’amour dans tout ça ? Et la mixité dans tout ça, la vraie ? Que devient-elle ? Au nom de quelle couleur décerne t-on la palme de Beauté a un enfant qui découvre tout juste la vie ?

Les enfants d’un couple totalement blond sont pourtant très beaux, tout comme ceux d’un homme noir et d’une femme blanche. Les enfants d’un couple où le père est togolais et la mère algérienne sont aussi beaux que ceux d’un roux et d’une rousse.

Nous sommes manifestement dans un pays qui redoute les complots, comme sous la Révolution, qui prend en horreur tout ce qui ose de revendiquer de ses pairs, de ses origines, de ses racines. Pourquoi vouloir parler aux gens qui nous ressemble ? Pourquoi vouloir faire des enfants a des gens qui nous ressemblent ? Pourquoi épouser un brun lorsqu’on est brune ? Pourquoi aimer quelqu’un qui aime la même chose que soi ? Pourquoi ? La loi des contraires qui s’attirent doit régir votre vie ! SI vous aimez le twist, il FAUT aimer quelqu’un qui rap. Si vous aimez le chocolat, il FAUT épouser quelqu’un qui aime la vanille, sinon votre couple court droit a l’échec. Si vous êtes asiatiques, il FAUT vous marier avec un homme européen « qui adore l’Asie » (qui inclut votre sœur et vos cousines). Choisir quelqu’un sur les critères du hasard et de l’amour, c’est péché !

Pourquoi refuser la recette de cette soupe d’intégration qui nous est si gentiment servie ? Nous demandions une salade car dans cet été national, il fait chaud, c’est la canicule des esprits et les humeurs ont besoin de frais, de primeurs ; mais non ! Il va falloir l’avaler cette soupe bouillante ! Cette soupe qui nous permettra de devenir Français, quitte a tuer père et mère, frère et sœur, il faut qu’on la boive, qu’on la digère, qu’on s’en nourisse. Elle seule nous contentera et nous rendra, comme la République : Une et Indivisible.

 

 

 

 

 

3 Commentaires

  1. sok 24 juin 2016 Répondre
  2. HAFU PANDA 31 juillet 2016 Répondre
    • Ariendel 2 août 2017 Répondre

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