Tourisme sextimental…

Playmobil_BuegelnOn a tous croisé ce grand gaillard désespéré, les tempes grisonnantes, qui a appris tout seul le Thaï ou  le Khmer , qui change jamais de tee-shirt et qui s’efforce de faire le clown au milieu de filles asiatiques qu’il connait toutes pour avoir grandi avec. Pas très beau de près (et de loin), pas du tout sortable pour Géraldine, trop habituel pour Mai-Ly ou pour Thida, trop athée pour Samia, trop blanc pour Kadiatou, trop con-con pour la grosse Priscilla, le grand gaillard est souvent incollable sur tout ce qui touche de près ou de loin à l’Asie du Sud Est.

Il est opé quoi. Il est frais. Il trouve que les femmes asiatiques ne sont belles qu’à domicile, qu’au pays, qu’au milieu des champs, la tunique qui colle pendant la mousson. Ici, « elles sont occidentalisées », pas intéressantes. Et il est fatigué d’amuser la galerie. Désormais, il va « rendre une  vraie femme heureuse ». Parrainer un enfant, envoyer des sacs de riz ou des médicaments, ça ne sert à rien, pense-t-il. Il faut du concret. Il faut être sur place. C’est un homme de terrain. Il y va. Il plonge.

Le voilà qui brille, pimpant, au milieu de gens qui le bénissent de sauver une nana du chômage et de la corruption qui sévissent dans le pays. Il sauve aussi une famille, son salaire d’employé au Call-Center devient le salut de la smala qui lui offre Pocahontas en tongs, pur produit du bled, docile et frêle. Notre grand gaillard plane. C’est le rêve éveillé. Son petit jouet promet de belles nuitées. A l’Ambassade, il n’est pas seul. La file d’attente est longue et ils sont tous comme lui : grand, sauvés, ressuscités, importants, fiers, propres, lavés, cheveux blancs, moches, attardés, têtes de pédophiles reconvertis ; les bibelots varient de la plus petite paysanne à la pin-up des bars. Un festival de bagnards mariés, traumatisés du féminisme sauvage de leurs cousines qui leur ont tourné le dos, mené la vie dure ou fait cocu avec le 1er scarabée exotique du coin. Ouf ! Quel soulagement ! Quel butin ! A l’aéroport, le grand gaillard triomphe pendant que la petite épousée l’admire et pense avoir trouvé le Prince de Cendrillon.

5 ans plus tard, on retrouve le grand gaillard qui n’est plus grand d’ailleurs. Légèrement voûté, cernes, bide, deux enfants qui braillent, l’un raté jalousant l’autre mieux réussi. Le papa s’efforce de faire le clown, mais ça ne fait plus rire, ça fait même pleurer le petit dernier. Maman ?

Elle est partie. Ah bon ? Oui, elle en a eu marre, elle s’ennuyait ferme. La télé, internet, les gosses, la maternelle, les voisins, l’Europe, les justificatifs, elle capte rien. C’était pas ça, son rêve. Elle est partie avec un collègue qui gagnait mieux. Un directeur.

3 Commentaires

  1. ASIANMAN 3 octobre 2014 Répondre
  2. Laurent 4 octobre 2014 Répondre

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